
La hausse du prix du kérosène, liée au conflit au Moyen-Orient, entraîne une augmentation des tarifs de billets d’avion et des perturbations du trafic. Les compagnies aériennes se sont adapté à la nouvelle donne liée au coût du carburant.
Depuis le début du conflit, le prix du baril de kérosène est passé d’environ 87-90 dollars à plus de 200 dollars. Cette évolution pèse directement sur les coûts des compagnies aériennes. Le carburant représente une part importante de leurs dépenses, passée de 25 à 30 % à environ 45 %, selon Pascal de Izaguirre, président de la Fédération nationale de l’aviation et de ses métiers (Fnam).
Cette hausse se répercute sur les prix des billets. Air France et KLM ont d’abord appliqué une augmentation de 50 euros sur les billets aller-retour long-courriers en classe économique, avant de la porter à 100 euros. D’autres compagnies, dont United Airlines, Air Canada, Air India, Air China, China Southern et Cathay Pacific, ont également instauré des surcharges carburant.
Selon Thomas Juin, président de l’Union des aéroports français et directeur de l’aéroport de La Rochelle-Île-de-Ré et Rochefort-Charente-Maritime, ces hausses concernent principalement les billets pour les vols long-courriers. Il précise qu’il n’y a pas de changement « au niveau des tarifs » sur le court et moyen-courrier. Il ajoute que ces augmentations s’expliquent aussi par « le rallongement des temps de vol avec le contournement de certains pays ».
Réduction des vols, hausse des tarifs des billets et tensions sur l’activité
La hausse du coût du carburant affecte également l’organisation des vols. Certaines compagnies réduisent leurs programmes ou procèdent à des annulations. La compagnie scandinave SAS a annulé un millier de vols depuis le début de la crise. Le groupe Lufthansa, qui regroupe Lufthansa, SWISS, Austrian Airlines et ITA Airways, a suspendu ses vols vers le Moyen-Orient jusqu’à fin avril, voire jusqu’à fin octobre pour certaines liaisons. Vietnam Airlines a suspendu une vingtaine de vols intérieurs par semaine à partir d’avril en raison de contraintes liées au carburant.
Ryanair a indiqué qu’elle pourrait réduire son programme entre mai et juillet 2026 et supprimer jusqu’à 10 % de ses vols si les tensions persistent. Ces ajustements concernent en priorité les lignes les moins rentables. Thomas Juin indique que « l’impact est réel sur les vols long-courrier vers le Moyen-Orient et l’Asie », car « la réduction du trafic sur les hubs de Dubaï et Doha ne peut pas être compensée par les autres compagnies aériennes, notamment européennes ».
Approvisionnement sous surveillance et dépendance énergétique
Les importations de kérosène en France et en Europe proviennent à environ 50 % des pays du Golfe. Cette dépendance expose le secteur aux évolutions géopolitiques. Thomas Juin indique qu’il n’y a actuellement ni pénurie ni « restriction en termes d’import » en France. Il précise néanmoins que « si le détroit d’Ormuz devait être fermé pendant plusieurs semaines », il y aura « un problème à partir du mois de mai ».
Des tensions apparaissent déjà dans certains pays européens. En Italie, plusieurs aéroports font face à des restrictions de carburant, ce qui affecte l’activité des compagnies. Selon l’Union des aéroports français, les compagnies restent libres d’assurer ou non leurs vols, « c’est leur choix ». Thomas Juin ajoute que « l’ensemble du secteur aujourd’hui, qui a été fragilisé en 2025, n’est pas au meilleur de sa forme pour traverser cette crise » et précise : « Nous sommes solidaires, compagnies et aéroports, et on s’adapte au mieux. » L’Association internationale du transport aérien indique que même en cas de réouverture du détroit d’Ormuz, le retour à un approvisionnement normal prendra « plusieurs mois au moins ».