Invité du journal de 20 heures de France 2, Jordan Bardella a affirmé : « Moi-même, comme parlementaire européen, j’ai reçu le chèque énergie de la part de l’État », dénonçant « une usine à gaz insoutenable ». Une déclaration qui surprend au regard des règles en vigueur.
Le chèque énergie est en effet attribué automatiquement en fonction du revenu fiscal de référence. Pour 2026, celui-ci ne doit pas dépasser environ 11 000 euros par unité de consommation pour être éligible. Cette aide, qui concerne près de 12 millions de ménages, vise exclusivement les foyers les plus modestes.
Or, en tant qu’eurodéputé, Jordan Bardella perçoit environ 7 800 euros net par mois, soit plus de 135 000 euros brut par an. Un niveau de revenus très largement supérieur aux plafonds requis pour bénéficier du dispositif. Dans ces conditions, il apparaît en principe impossible qu’il ait pu toucher cette aide… sauf cas particulier lié à la manière dont ses revenus sont déclarés fiscalement.
Le flou fiscal du chèque énergie déjà pointé du doigt
Cette polémique n’est pas nouvelle. Dès 2023, Jordan Bardella affirmait déjà avoir reçu « pour la deuxième fois » le chèque énergie, tout en précisant ne pas l’avoir encaissé. À l’époque, plusieurs analyses, notamment celles du service CheckNews, avaient mis en lumière un flou fiscal concernant les eurodéputés. Leurs indemnités, versées et imposées au niveau européen, n’étaient pas toujours intégrées de manière claire dans le revenu fiscal de référence en France. Dans certains cas, cela pouvait conduire à une situation paradoxale où des élus apparaissaient comme éligibles à certaines aides sociales malgré des revenus élevés.
Concrètement, si un contribuable ne déclare pas ou n’intègre pas pleinement ses indemnités européennes dans son revenu fiscal français, celui-ci peut apparaître artificiellement faible, ouvrant potentiellement droit à des aides comme le chèque énergie. Ce mécanisme repose sur les données transmises par l’administration fiscale, qui détermine automatiquement les bénéficiaires.
Face à ces incohérences, la loi de finances pour 2023 a introduit des ajustements visant à mieux prendre en compte ces indemnités dans le calcul fiscal. L’objectif était précisément d’éviter ce type de situation.
Reste donc une zone d’ombre dans le cas évoqué par Jordan Bardella. Soit il a effectivement reçu ce chèque en raison d’un décalage ou d’une particularité dans la prise en compte de ses revenus passés, soit sa déclaration repose sur une confusion ou une approximation. Dans tous les cas, ses propos relancent le débat sur le ciblage des aides publiques et sur la cohérence des critères d’attribution.

