Les marges brutes des distributeurs de carburants en France ont augmenté depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, selon un document de travail du gouvernement consulté par franceinfo.
Ce document, élaboré par les services du ministère de l’Économie et des Finances à la demande du Premier ministre, met en évidence une progression des marges par rapport au début de l’année. Avant le conflit, celles-ci s’établissaient autour de 30 centimes par litre en moyenne. Fin avril, elles atteignent 33,6 centimes pour le gazole et avoisinent 30 centimes pour l’essence.
Certaines enseignes présentent des niveaux plus élevés. D’après les données consultées, les marges peuvent atteindre entre 39 et plus de 50 centimes par litre pour le gazole, et près de 40 centimes pour l’essence. Parmi les distributeurs cités figurent TotalEnergies, ENI, Esso, AVIA, ainsi que des enseignes de la grande distribution comme Carrefour Market, Carrefour Contact et Intermarché.


Le gouvernement avait exprimé une position différente quelques jours plus tôt. Le 19 avril, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, avait déclaré sur BFM qu’aucune « hausse indue » des marges n’avait été « observée » depuis le début du conflit.
Des tensions entre l’exécutif et les distributeurs sur l’évolution des prix des carburants
Face à ces éléments, plusieurs responsables gouvernementaux ont réagi. Sébastien Lecornu, a exprimé en interne son mécontentement face à l’évolution des prix des carburants à la pompe. De son côté, le Premier ministre a pris la parole publiquement pour évoquer la situation. Il a déclaré : « Il y a quelque chose qui n’est pas négociable, c’est quand ça augmente au global, on comprend que ça augmente à la pompe. Quand ça diminue au global, ça doit diminuer aussi vite à la pompe. Si on le répète autant depuis trois semaines, c’est sans doute que nous ne sommes pas complètement d’accord avec la manière de voir les choses avec les distributeurs ».
Les marges brutes des carburants correspondent à la différence entre le prix d’achat hors taxes et le prix de vente. Elles couvrent notamment les coûts logistiques et les salaires. Elles se distinguent des marges nettes, qui représentent le bénéfice après déduction des charges. Le document met également en avant des écarts selon les types de distributeurs. Avant la guerre, les stations indépendantes affichaient des marges autour de 35 centimes par litre, contre environ 25 centimes pour les grandes surfaces.
Dans ce contexte, le gouvernement a demandé aux distributeurs de détailler « l’évolution et le calcul de leurs marges » lors d’échanges organisés à Bercy. Un conseiller de l’exécutif a indiqué à franceinfo que ces données révélaient « des faits inadmissibles ». Par ailleurs, une proposition de suspension des Certificats d’économies d’énergie a été avancée par certains acteurs du secteur pour faire baisser les prix à la pompe.
Cette mesure a notamment été soutenue par Jordan Bardella, président du Rassemblement national. Mi-avril, l’exécutif a également évoqué la possibilité d’un encadrement des marges via un décret. Cette hypothèse a suscité des réactions de la part des distributeurs concernés.