
Un document de travail du gouvernement, élaboré par les services de Bercy à la demande du Premier ministre, évoque une hausse des marges brutes sur les carburants depuis le début du conflit au Moyen-Orient.
Ce document, consulté par BFMTV, met en avant une progression rapide observée dès les premiers jours. Selon ces éléments, les marges brutes seraient passées d’environ 30 centimes à 40 centimes par litre, avec des niveaux pouvant atteindre 50 centimes pour certains distributeurs. Cette évolution concernerait en particulier le gazole. Le document mentionne également des écarts entre enseignes, certaines affichant des niveaux supérieurs de plus de 30 % à leurs pratiques habituelles.
Ces données diffèrent des déclarations de Maud Brégeon, porte-parole du gouvernement, qui indiquait le 19 avril sur BFMTV qu’aucune « hausse indue » n’avait été constatée depuis le début du conflit.
Désaccord sur la méthode de calcul des marges sur les carburants
Les représentants des distributeurs contestent l’interprétation de ces chiffres. Francis Pousse, président national des distributeurs de carburant chez Mobilians, organisation professionnelle du secteur, explique auprès de RMC que « Ils ne correspondent absolument pas à la méthode de calcul de ce que nous appelons des coûts de distribution et non pas des marges de distribution ».
Il précise que « La différence, c’est que vous avez des coûts induits comme l’intégralité du coût d’approvisionnement d’une station-service, de la raffinerie à la station-service ». Il évoque aussi l’évolution des coûts logistiques, indiquant que les « transporteurs ont répercuté la hausse du gazole ». Selon Francis Pousse, la marge nette réelle se situerait entre 1 et 3 centimes par litre. Il déclare également « Il n’y a pas de marges exceptionnelles, j’en suis sûr ».
Le document de travail cite plusieurs acteurs du marché, dont TotalEnergies, groupe énergétique, ENI et Esso, entreprises pétrolières, ainsi que Avia, Carrefour Market, Carrefour Contact et Intermarché, enseignes de distribution. Du côté du ministère de l’Économie et des Finances, Bercy indique « ne pas savoir d’où sort ce rapport », sans remettre en cause les données mentionnées.
Depuis le début du mois d’avril, les prix des carburants ont reculé sur les marchés. Dans le même temps, les marges évoquées dans le document resteraient supérieures à leur niveau d’avant-crise, autour de 34 centimes par litre. Le débat s’est également étendu aux dirigeants d’enseignes. Alexandre Bompard, PDG de Carrefour, groupe de distribution, a publié un message sur LinkedIn dans lequel il appelle le Premier ministre Sébastien Lecornu « à la sagesse » et lui demande « de corriger un document erroné et biaisé qui stigmatise injustement toute une profession de petits pompistes et de commerçants ».
Les échanges entre les pouvoirs publics et les professionnels du secteur se poursuivent. Parmi les pistes évoquées figure la possibilité d’un encadrement des marges, mentionnée au cours du mois d’avril dans le cadre des discussions en cours.