
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a indiqué mardi 19 mai à l’Assemblée nationale qu’il envisageait de revoir les six milliards d’euros de gels et d’annulations de crédits initialement prévus pour compenser l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur les finances publiques.
Cette somme avait été annoncée mi-avril pour absorber le coût budgétaire du conflit sur l’année 2026, dont quatre milliards seraient supportés par l’État et deux milliards dans la sphère sociale. Selon Matignon, cette « remise à jour » ne signifie pas nécessairement une augmentation des crédits gelés, mais pourrait correspondre à une redistribution différente des fonds.
Sébastien Lecornu doit tenir jeudi 22 mai une conférence de presse sur les conséquences économiques de la guerre au Moyen-Orient, qui a provoqué une hausse des prix des carburants et renchérit les coûts dans plusieurs secteurs d’activité. Il présentera à cette occasion un nouveau plan d’aides ciblées pour les secteurs les plus affectés, comme l’agriculture, la pêche ou le BTP.
Objectifs et mesures envisagés par le gouvernement
Le Premier ministre a déclaré : « C’est une guerre, et je pense que les 6 milliards d’euros que nous avons documentés devront être remis à jour, évidemment, dans les temps qui viendront », répondant à une question du député Laurent Marcangeli, chef de file des députés Horizons. L’objectif affiché est de compenser les coûts directs liés à la crise géopolitique et à l’inflation importée sur l’énergie.
Le gouvernement avait prévu ces gels de crédits sous la forme de suspensions de dépenses ou d’annulations ciblées. Sébastien Lecornu a insisté sur la nécessité de faire face à une inflation « uniquement sur ces coûts dérivés des produits du pétrole » et d’éviter des effets d’aubaine dans d’autres secteurs. Il a chargé le ministre des PME Serge Papin de clarifier l’ensemble des impacts de prix sur les filières et le BTP, ainsi que les ministres Roland Lescure (Économie) et Sébastien Martin (Industrie) de proposer des mesures pour la filière chimique, particulièrement exposée à cette crise.
Le Premier ministre a rappelé que la situation actuelle nécessite de « changer d’échelle » afin de préserver l’activité économique et de ne laisser « personne » subir les conséquences de la guerre. Il a souligné que ces mesures doivent rester ciblées et exclure une baisse générale de la fiscalité.
Réactions de l’opposition à la réévaluations de crédits
La perspective de réévaluer les six milliards d’euros a suscité des critiques de l’opposition. Arthur Delaporte, député socialiste, a déclaré : « On a un gouvernement qui impose aux Français de se serrer la ceinture, mais qui refuse d’imposer à ceux qui ont les moyens de contribuer à la hauteur de leurs moyens. » L’eurodéputée écologiste Charlotte Parmentier-Lecoq a souligné que la population doit être informée que « nous allons rentrer dans des temps encore plus compliqués » et que des arbitrages seront nécessaires.
Jean-Philippe Tanguy, député du Rassemblement national, a estimé : « Vous verrez qu’au cours de l’année, il y aura beaucoup plus que six milliards d’économies nécessaires. Vous savez, il y a 1 600 milliards de dépenses publiques, donc il y a de quoi faire. » Ces déclarations reflètent les divergences au sein du Parlement sur la manière de répartir l’effort budgétaire face à l’inflation importée et à l’augmentation des coûts liés à la guerre au Moyen-Orient.
La conférence de presse prévue jeudi devrait apporter des précisions sur les nouveaux dispositifs d’aides ciblées et sur la manière dont le gouvernement entend adapter les gels de crédits existants pour répondre aux besoins des secteurs les plus touchés.