La France dispose d’un levier d’économies important sur ses dépenses de santé, encore largement sous-exploité. En développant davantage le recours aux médicaments génériques et biosimilaires, le système pourrait économiser jusqu’à 800 millions d’euros supplémentaires par an, selon les professionnels du secteur.
La nouvelle Alliance des médicaments abordables (Alma), qui succède au Gemme, alerte sur le potentiel d’économies encore inexploité. « Si on arrivait à atteindre le taux de pénétration des médicaments génériques en Allemagne, 800 millions d’euros d’économies additionnelles seraient générées mécaniquement chaque année », a estimé auprès de l’AFP Sébastien Michel, président de l’organisation.
Les médicaments dits « abordables », génériques et biosimilaires, constituent déjà un pilier du système de soins. Moins coûteux, ils sont en moyenne 40 % moins chers que les traitements d’origine et permettent de traiter chaque année près de 28 millions de patients. À eux seuls, ils génèrent environ 2,5 milliards d’euros d’économies.


Malgré ces résultats, la France reste en retrait par rapport à d’autres pays. Les génériques ne représentent que 44 % du marché, contre environ 80 % dans plusieurs pays comparables comme l’Allemagne, le Royaume-Uni ou le Canada. Cette différence de pénétration explique en grande partie le manque à gagner pour les finances publiques.
Le constat n’est pas nouveau : depuis plusieurs années, les acteurs du secteur soulignent l’écart avec les standards internationaux et le potentiel d’économies associé à une meilleure diffusion de ces médicaments.
Un cadre jugé trop restrictif par les industriels
Pour expliquer ce retard, les industriels pointent un environnement réglementaire encore trop contraignant. Selon l’Alma, le nombre de médicaments pouvant être substitués par des génériques ou des biosimilaires reste limité, ce qui freine leur adoption à grande échelle.
Une dynamique positive est toutefois observée. « Depuis un peu plus d’un an, on commence petit à petit à rattraper ce retard », a reconnu Sébastien Michel, évoquant notamment la progression récente des biosimilaires.
En parallèle, les industriels alertent sur la pression continue à la baisse des prix. L’organisation appelle ainsi à « stopper la spirale de dépréciation des prix », alors même que le secteur doit absorber une nouvelle réduction tarifaire estimée à 200 millions d’euros cette année.
Cet argument s’appuie sur un constat partagé : les médicaments génériques sont déjà vendus à des niveaux très bas en France, environ 40 % moins chers que dans plusieurs pays européens.
Dans un contexte de hausse globale des dépenses de santé et de recherche d’économies budgétaires, la question du développement des médicaments génériques s’impose donc comme un enjeu stratégique. Entre volonté d’économies pour les finances publiques et inquiétudes des industriels sur la viabilité économique du secteur, l’équilibre reste encore à trouver.