D’après une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) publiée le 6 mai 2026, plus d’un tiers des foyers éligibles au revenu de solidarité active (RSA) ne le perçoivent pas.
Cette étude, qui porte sur les foyers sociaux au dernier trimestre de 2021, montre qu’entre 33% et 37% des foyers qui pourraient bénéficier de cette aide ne la demandent pas. La Drees précise que le versement du RSA n’est pas automatique, et qu’il est nécessaire d’en faire la demande pour en bénéficier.
Au total, en 2021, environ 1,51 million de foyers étaient éligibles au RSA. Cependant, un nombre significatif de ces foyers, estimé à 560 000, n’ont pas perçu cette aide. Les raisons de ce non-recours varient, mais elles sont souvent liées à des facteurs socio-économiques et à des difficultés administratives.


Profils des foyers non-recourants au RSA
Les foyers non-recourants au RSA présentent des caractéristiques particulières. Ils sont en moyenne plus diplômés et ont un statut socio-économique moins défavorisé que les foyers qui bénéficient effectivement de l’aide. Par exemple, une proportion significative de ces foyers (30%) possède un diplôme supérieur, contre seulement 18% chez les bénéficiaires du RSA. De plus, plus de la moitié des foyers non-recourants occupent un emploi, contrairement à ceux qui perçoivent le RSA, où seulement 22% ont un emploi. Cette situation touche principalement les travailleurs jeunes et précaires, souvent en contrat court ou auto-entrepreneurs.
Les foyers non-recourants éligibles à un RSA mensuel de 400 euros ou plus sont principalement des célibataires sans enfants, âgés de 25 à 29 ans, souvent hébergés gratuitement. D’autre part, ceux éligibles à un RSA inférieur à 200 euros par mois incluent majoritairement des femmes seules avec enfants ou des couples avec enfants, ayant un emploi salarié. Ces ménages, bien que éligibles, ne sollicitent pas le RSA pour diverses raisons, dont une perception erronée du dispositif ou un manque d’information.
Raisons du non-recours à cette aide
Plusieurs facteurs expliquent pourquoi un nombre important de foyers éligibles ne perçoivent pas le RSA. Le premier facteur est la complexité administrative du système. Les foyers non-recourants, qui sont généralement plus proches du marché du travail, trouvent souvent que le processus pour obtenir l’aide est trop contraignant. Ils doivent actualiser leurs ressources régulièrement et justifier leurs revenus à chaque trimestre, ce qui peut être particulièrement difficile pour ceux ayant des périodes de travail intermittentes ou de chômage. Cette procédure est perçue comme un obstacle par de nombreux travailleurs précaires, qui préfèrent ne pas demander l’aide plutôt que de s’engager dans un processus administratif compliqué.
Un autre facteur est psychologique. Beaucoup de foyers non-recourants sont propriétaires de leur logement et ont un certain niveau de vie, ce qui les amène à percevoir la demande de RSA comme un échec personnel. Le fait d’avoir un toit et un diplôme en poche peut créer une barrière psychologique qui empêche ces individus de solliciter une aide sociale, même s’ils y sont éligibles. Cette stigmatisation sociale semble jouer un rôle clé dans le non-recours au RSA.
L’impact du non-recours sur les foyers
Le non-recours au RSA prive de nombreux foyers d’une aide essentielle. Parmi les foyers non-recourants, 41% pourraient recevoir plus de 400 euros par mois, une somme qui pourrait représenter un soutien crucial pour leur budget. Le manque à gagner créé par le non-recours au RSA peut conduire à des difficultés financières importantes, notamment en période d’inflation et de hausse des coûts de la vie. Pour certaines familles, en particulier les familles monoparentales, ces 200 euros ou plus par mois ne sont pas un « bonus », mais un complément vital pour couvrir les dépenses de base, telles que l’alimentation ou les frais de garde.
Selon l’étude de la Drees, près de 71 000 foyers sociaux pourraient franchir le seuil de pauvreté si le RSA était versé automatiquement. Cela souligne l’importance de faciliter l’accès à cette aide, notamment pour les ménages les plus vulnérables, comme les familles monoparentales. En effet, plus de la moitié des foyers qui pourraient sortir de la pauvreté avec le RSA sont des familles monoparentales. Pour ces foyers, le non-recours constitue un obstacle majeur à leur bien-être économique.
L’étude suggère que le système actuel de distribution du RSA présente des lacunes importantes, qui pourraient être corrigées par une automatisation de l’aide. L’option d’une « solidarité à la source » permettrait de verser le RSA de manière plus fluide et d’adapter les montants en fonction des revenus en temps réel, sans que l’allocataire ait à prouver sa détresse à chaque trimestre. Une telle mesure rendrait le système plus accessible et plus efficace, réduisant ainsi le non-recours et assurant que ceux qui ont droit à l’aide puissent en bénéficier sans obstacles administratifs.
Ainsi, bien que le RSA soit un outil essentiel pour soutenir les foyers à faible revenu, un grand nombre de foyers éligibles ne le perçoivent pas en raison de facteurs administratifs, psychologiques et socio-économiques. La réforme du système de distribution du RSA pourrait ainsi réduire ces obstacles et garantir que cette aide atteigne les foyers qui en ont besoin.

