
Le gouvernement envisage d’instaurer un encadrement des marges des distributeurs sur les carburants dans un contexte de hausse des prix liée au conflit au Moyen-Orient. Cette mesure, encore à l’étude, suscite des réactions de plusieurs représentants de la grande distribution et des professionnels du secteur.
Plusieurs acteurs estiment que ce dispositif n’aurait pas d’effet concret sur les prix à la pompe. La Fédération du commerce et de la distribution, organisation représentant les enseignes du secteur, a adressé un courrier au Premier ministre Sébastien Lecornu pour exprimer son opposition au projet de décret.
Francis Pousse, président du syndicat professionnel Mobilians, qui représente 5 800 stations-service hors grandes surfaces, a déclaré : « c’est une usine à gaz qui ne nous permet même pas de savoir où on va ». Il a ajouté : « J’ai un grand doute qu’il y ait un réel intérêt consommateur ».
Des marges sur les carburants jugées déjà limitées par les distributeurs
Plusieurs dirigeants de groupes de distribution avancent que les marges actuelles sur les carburants sont faibles. Thierry Cotillard, président du groupement Les Mousquetaires / Intermarché, a affirmé : « Nos marges qui étaient à trois, quatre centimes il y a quelques mois, en janvier et février, sont beaucoup moindres ». Il précise qu’elles se situent « à un centime, voire deux centimes, ou même à zéro pour beaucoup de (ses) collègues qui se sont mis à prix coutant ».
Selon lui, un distributeur appliquant des prix plus élevés atteindrait « trois centimes ». Il estime que le mécanisme envisagé ne modifierait pas les prix pour les consommateurs : « Il ne va rien se passer pour les Français ». Il a également déclaré : « Ça devient insupportable de prendre des décisions dans l’urgence, sans concertation avec les acteurs économiques ». Il qualifie la mesure d’« effet de com » et ajoute : « c’est juste de l’annonce ».
Michel-Édouard Leclerc, président du comité stratégique des centres E.Leclerc, considère que le projet « n’est pas applicable ». Lors d’une intervention au journal télévisé, il a indiqué : « On nous demande de lisser les hausses et de lisser les baisses, et à un moment ça nous fait vendre à perte ». Il propose de suspendre les certificats d’économie d’énergie, ce qui représenterait selon lui une baisse « d’environ 15 centimes du litre ».
Dominique Schelcher, président-directeur général de Coopérative U, a déclaré sur France Inter : « C’est une très mauvaise idée ». Il précise : « On fait des marges symboliques, un, deux ou trois centimes ». Il ajoute que dans les périodes de tension, les marges peuvent être encore plus faibles en raison de la concurrence entre distributeurs.
Des propositions alternatives et un contexte de hausse des prix
Les représentants du secteur mettent en avant d’autres pistes. Dominique Schelcher indique que la Fédération du commerce et de la distribution propose « de suspendre provisoirement les certificats d’économie d’énergie (CEE) qui financent la transition écologique ». Selon lui, une suspension de « quelques mois » pourrait entraîner une « baisse de 10 à 15 centimes ».
Concernant l’évolution de la consommation, Dominique Schelcher affirme ne pas observer de changement immédiat : « Il n’y a pas de déconsommation à date ». Il ajoute : « Si elle devait venir, ce serait à partir de maintenant ». Il évoque également des répercussions possibles sur d’autres secteurs : « Si la crise dure », il peut y avoir des effets sur les prix en général, « parce qu’il y a un impact sur le pétrole mais aussi à terme, sur les engrais, sur le plastique, qui permet de fabriquer nos emballages ».
Le projet du gouvernement vise à encadrer les marges pour « éviter des effets d’aubaine » dans un contexte de hausse des prix des carburants. Les distributeurs contestent cette analyse. Thierry Cotillard affirme à ce sujet : « Il n’y en a aucun ! ». À ce stade, la mesure n’a pas été adoptée. Le gouvernement poursuit ses consultations avant toute décision.