
Un amendement adopté en commission au Sénat prévoit la possibilité d’imposer à la SNCF la vente de billets de trains opérés par des entreprises concurrentes. Cette mesure s’inscrit dans le cadre de l’examen de la loi-cadre sur les transports, dont la discussion doit se poursuivre en séance publique.
Depuis l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire en 2020, des opérateurs étrangers comme Trenitalia, entreprise italienne, et Renfe, compagnie publique espagnole, proposent des liaisons sur le réseau français. À ce jour, la SNCF n’est pas tenue d’intégrer ces offres sur sa plateforme SNCF Connect.
Plusieurs acteurs du secteur souhaitent modifier cette situation. L’Association française du rail (Afra), qui regroupe des entreprises concurrentes, demande une évolution des règles de distribution. Dans un communiqué publié fin mars, elle indique : « le verrou de la distribution » limite la visibilité des opérateurs alternatifs. L’organisation précise : « Il faut que la distribution soit fiable, lisible et transparente pour que les voyageurs puissent comparer l’ensemble de l’offre ferroviaire sur des bases neutres et objectives ».
Selon l’Afra, le taux de remplissage des trains exploités par ces entreprises reste inférieur à celui de l’opérateur historique, en raison d’un manque de visibilité. Une étude commandée par la Fédération nationale des associations d’usagers de transports (Fnaut) indique que 15 % des personnes interrogées déclarent bien connaître Trenitalia et 11 % Renfe.
Le marché de la vente de billets dominé par la plateforme SNCF Connect
Le marché de la vente de billets reste largement dominé par la plateforme SNCF Connect, qui représente environ 80 % des ventes. D’autres distributeurs, comme Trainline ou Kombo, proposent également des billets incluant des offres concurrentes, ce qui constitue une partie de leur activité.
Alexander Ernert, directeur général de Trainline France et secrétaire général de l’association ADN Mobilités, qui regroupe des distributeurs, reconnaît l’enjeu de visibilité : « Les entreprises ferroviaires disent qu’elles ont besoin de visibilité pour remplir leur train, et c’est compréhensible ». Il met en avant l’absence d’analyse préalable sur les effets de la mesure et déclare : « l’absence d’étude d’impact ».
Il ajoute que la visibilité ne repose pas uniquement sur la présence sur SNCF Connect. Il cite une étude menée par le cabinet Charles Rivers Associates, commandée par Trainline, selon laquelle 51 % des usagers interrogés utilisent ces plateformes alternatives et 76 % déclarent les connaître. Il précise : « La visibilité n’est pas forcément la seule raison qui explique le retard des autres acteurs ».
La SNCF exprime également sa position. Le groupe indique : « La distribution d’entreprises ferroviaires tierces n’est pas une priorité ». Il ajoute que « les entreprises ferroviaires concurrentes de SNCF Voyageurs disposent de leur propre canal de vente et peuvent convenir de leur stratégie de distribution ». L’entrée en vigueur de cette mesure dépend de l’adoption définitive de la loi-cadre sur les transports. Le texte doit être examiné en séance publique au Sénat le 15 avril.