
Le groupe Centre France, éditeur du quotidien régional La Montagne, a présenté un plan de suppression de 152 postes d’emploi lors d’un comité social et économique extraordinaire organisé le 9 avril 2026.
Selon les éléments communiqués, 30 postes d’emploi actuellement vacants ne seront pas pourvus et 122 suppressions supplémentaires sont prévues. L’ensemble représente environ 10 % des effectifs, qui comptent près de 1 600 salariés. Cette réorganisation concerne l’ensemble des entités du groupe, qui publie huit quotidiens et plusieurs hebdomadaires, avec une présence dans 14 départements répartis entre Auvergne-Rhône-Alpes, Bourgogne-Franche-Comté, Centre-Val de Loire et Limousin.
Plusieurs réunions des instances représentatives du personnel ont été organisées dans les différentes structures du groupe. Ce plan s’inscrit dans une série de restructurations intervenues ces dernières années. Laurence Coupérier, journaliste à La Montagne et élue au Syndicat national des journalistes (SNJ), indique qu’il s’agit du « sixième en douze ans ». Un précédent dispositif de départs volontaires avait été lancé fin 2024, avec un objectif de 70 suppressions de postes d’emploi. Ce plan n’a pas été atteint, avec 47 départs enregistrés, dont 11 journalistes.
Un contexte économique invoqué et des critiques internes sur la stratégie
Dans un message adressé aux salariés, la direction du groupe Centre France évoque un « contexte économique tendu » et une « dépendance excessive au journal papier en décroissance structurelle ». Elle indique également que « malgré toutes les mesures d’économies qui ont d’ores et déjà été prises (…) ces mesures sont la seule solution viable ».
Plusieurs représentants syndicaux contestent ces explications et mettent en avant des choix d’investissement. Ils évoquent notamment un emprunt supérieur à 20 millions d’euros contracté pour la construction d’un centre d’imprimerie. Ce projet avait déjà suscité des tensions internes, avec un mouvement de grève de neuf jours au début de l’année 2025.
Des interrogations portent aussi sur la stratégie éditoriale. Francis Gaunand, nommé directeur général du groupe Centre France en décembre 2025, a engagé une réorientation vers une couverture davantage centrée sur l’information locale, en rupture avec les orientations précédentes portées par Soizic Bouju, ancienne dirigeante du groupe.
Réorganisation des activités avec perte d’emplois et évolution vers le numérique
Le plan prévoit également des modifications dans l’organisation des rédactions. Deux agences doivent être fermées, l’une au Journal du Centre et l’autre à L’Yonne républicaine, deux titres appartenant au groupe Centre France. Une fermeture d’agence avait déjà eu lieu à Riom dans le Puy-de-Dôme en 2025.
L’intersyndicale du groupe, composée notamment du Syndicat national des journalistes (SNJ), du SNJ-CGT, de Force ouvrière (FO), de la Confédération française démocratique du travail (CFDT), de l’Union nationale des syndicats autonomes (Unsa) et de la Confédération générale du travail (CGT), déclare : « Au-delà des dégâts humains, c’est notre mission d’assurer l’information de proximité – donc la vitalité de la démocratie locale – qui est gravement remise en cause par de telles mesures ».
Parallèlement, la direction indique vouloir renforcer le développement des activités numériques. Certains postes liés au web sont maintenus, et des formations à la production vidéo sont proposées aux journalistes. La direction précise que « le journal papier demeurera une composante essentielle ». Enfin, les perspectives professionnelles suscitent des interrogations parmi les alternants formés au sein de l’École supérieure de journalisme Pro (ESJ Pro), établissement appartenant au groupe Centre France, dans un contexte de transformation du secteur de la presse écrite. Il faut dire que plusieurs entreprises ont annoncé des suppressions d’emplois dans la conjoncture économique actuelle.