Depuis 2021, la France enregistre un PIB par habitant inférieur à la moyenne de l’Union européenne (UE), et cette tendance se maintient pour la quatrième année consécutive, selon les premières estimations d’Eurostat pour l’année 2025.
Le PIB par habitant de la France en parité de pouvoir d’achat s’élève à 40 700 euros, plaçant le pays à la 11e position, à égalité avec Chypre et légèrement devant l’Italie, qui affiche 39 900 euros. En comparaison, la moyenne européenne s’établit à 41 600 euros, soit 2% de plus que celui de la France.
Les pays en tête du classement sont le Luxembourg et l’Irlande, avec des PIB par habitant de 99 300 euros et 98 800 euros, respectivement. Les Pays-Bas, avec 55 600 euros, complètent le podium. À l’exception du Luxembourg, seuls l’Allemagne (47 900 euros) et la Belgique (47 700 euros) figurent dans le top 10 parmi les voisins directs de la France.


Les raisons du classement de la France : démographie et productivité
Les économistes soulignent que cette situation ne reflète pas nécessairement un appauvrissement de la France, mais plutôt un ralentissement de la croissance par rapport à celle de ses voisins. Dorothée Rouzet, cheffe économiste de la Direction générale du Trésor, précise que l’indicateur du PIB par habitant, bien qu’important, ne reflète pas directement le niveau de vie des habitants ni leur bien-être. Le PIB par habitant est calculé en divisant la richesse totale produite par la population totale, ce qui signifie qu’une baisse démographique peut artificiellement augmenter ce chiffre, comme c’est le cas en Italie, dont la population a diminué de 1,3 % entre 2019 et 2024. À l’inverse, la population française a augmenté de 1,7 % sur la même période, ce qui désavantage mécaniquement la France dans les comparaisons du PIB par habitant.
La situation démographique en Italie joue donc un rôle important dans le rattrapage de son PIB par habitant, mais cet effet est jugé temporaire. En outre, l’Italie a récemment vu son économie se dynamiser grâce au « Superbonus », un dispositif d’incitation à la rénovation énergétique, qui a permis de stimuler l’investissement en construction résidentielle. Cependant, ce soutien à court terme ne garantit pas une croissance durable.
Un autre facteur qui rend les comparaisons entre pays difficiles est la structure économique. Par exemple, le Luxembourg et l’Irlande, qui affichent des PIB par habitant largement au-dessus de la moyenne européenne, voient une partie de leur richesse générée par des travailleurs étrangers, notamment des frontaliers dans le cas du Luxembourg. De plus, l’Irlande bénéficie de la présence de nombreuses multinationales, notamment américaines, dont les profits, bien qu’augmentant le PIB national, sont en grande partie rapatriés à l’étranger, ce qui limite les bénéfices pour la population locale.
Le PIB par habitant : un indicateur nuancé
Les économistes mettent en garde contre des interprétations hâtives des données relatives au PIB par habitant. Dorothée Rouzet rappelle qu’un tel indicateur n’est qu’une mesure de la richesse produite, et non un indicateur précis du bien-être ou des conditions de vie des habitants. Par exemple, bien que le PIB par habitant du Luxembourg soit nettement supérieur à celui de la France, cela ne reflète pas forcément une meilleure qualité de vie pour les Luxembourgeois, étant donné le nombre élevé de travailleurs frontaliers dont les revenus sont principalement dépensés en dehors du pays.
L’exemple de l’Irlande illustre également les limites de cet indicateur, car le PIB par habitant élevé est en partie gonflé par les multinationales, dont une grande partie des bénéfices ne profite pas directement aux résidents irlandais. Ces nuances montrent que, bien que les comparaisons du PIB par habitant puissent fournir des informations intéressantes sur la position relative des économies, elles ne donnent qu’une image partielle et parfois déformée de la réalité économique de chaque pays.
Ainsi, même si la France se situe sous la moyenne européenne en termes de PIB par habitant depuis plusieurs années, les économistes mettent en garde contre des jugements simplistes. La France doit faire face à des défis spécifiques, notamment en matière de productivité et de choix collectifs, mais ces indicateurs doivent être interprétés avec prudence. La dynamique de croissance en Europe, et notamment dans les pays de l’Est, pourrait modifier ces écarts dans les années à venir.