
Depuis le 1er mai 2026, Amsterdam a mis en place une décision inédite dans le monde : l’interdiction de la publicité pour les produits à base de viande et les énergies fossiles dans l’espace public.
Cette mesure vise à aligner l’affichage urbain avec les objectifs climatiques de la ville, notamment la neutralité carbone d’ici 2050. La municipalité a adopté cette mesure en 2024, et elle concerne les supports publicitaires contrôlés par la ville, tels que les panneaux d’affichage, les abribus et certains espaces du réseau de transport local.
La décision met fin à la présence de publicités pour des groupes pétroliers comme Shell et TotalEnergies, des compagnies aériennes comme Ryanair et KLM, des voitures thermiques de marques comme Renault et Volkswagen, ainsi que des chaînes de restauration rapide telles que McDonald’s et KFC. Les promotions pour les produits énergétiques fossiles, comme le gaz ou le pétrole, disparaissent également de l’espace public.
Cette interdiction inclut également les produits carnés, tels que le bœuf, le porc et la volaille, en raison de leur empreinte carbone élevée. La ville de Amsterdam encourage la réduction de la consommation de viande pour des raisons environnementales et de santé publique. Par cette mesure, les autorités locales cherchent à modifier les habitudes de consommation et à signaler que les produits à forte empreinte carbone ne sont plus des choix de vie souhaitables.
Des réactions contrastées face à cette mesure
Le programme a suscité des réactions partagées parmi les différents acteurs économiques. L’Association néerlandaise de la viande a critiqué cette mesure, la qualifiant de « manipulation inopportune du comportement des consommateurs ». Selon l’association, la viande reste un produit essentiel pour la nutrition humaine et doit être visible dans l’espace public. De plus, les professionnels du tourisme, notamment l’Association néerlandaise des agences de voyages, ont exprimé leur opposition, estimant que cette restriction porte atteinte à la liberté commerciale, en particulier pour les offres incluant des vols en avion.
Pourtant, certains militants soutiennent fermement la décision. Anke Bakker, du Parti pour les animaux, a déclaré que supprimer ces publicités permettrait de réduire les achats impulsifs et de montrer que des produits comme la viande bon marché ou les voyages à forte consommation d’énergie ne sont plus des choix de vie acceptables. L’avocate Hannah Prins, du collectif Fossil Free Advertising, considère cette interdiction comme un moyen de provoquer un « moment tabac » pour les produits à forte empreinte carbone. Selon elle, comme l’interdiction de la publicité pour le tabac, cette décision pourrait transformer les mentalités publiques.
La décision d’Amsterdam se limite cependant à l’espace public physique. Elle ne concerne pas les publicités dans les médias privés, tels que la presse, internet ou télévision. Ainsi, bien que cette interdiction ait un impact sur l’affichage urbain, les publicités pour ces produits continueront à circuler massivement sur les plateformes numériques et les réseaux sociaux.
Un modèle déjà adopté par d’autres villes
La mesure d’Amsterdam s’inscrit dans un mouvement plus large observé dans les Pays-Bas et d’autres pays européens. En 2022, la ville de Haarlem a été la première au monde à interdire la publicité pour la viande dans l’espace public, une règle entrée en vigueur en 2024 en même temps que celle concernant les énergies fossiles. D’autres villes néerlandaises comme Utrecht et Nijmegen ont suivi cette initiative, étendant les restrictions à la viande et, dans certains cas, aux produits laitiers.
Dans une dynamique internationale, des villes comme Édimbourg (Écosse), Sheffield (Angleterre), Stockholm (Suède) et Florence (Italie) ont également pris des mesures similaires pour interdire ou envisager l’interdiction de la publicité pour les énergies fossiles. Ces initiatives visent à réduire l’impact des publicités qui encouragent des comportements nuisibles à l’environnement et à la santé.
En France, la loi Climat et Résilience, adoptée en 2021, interdit la publicité pour certains produits énergétiques fossiles, notamment les carburants pétroliers. Toutefois, cette loi ne couvre pas les produits comme la viande ou les voyages en avion, et son champ d’application reste limité comparé à celui de la politique d’Amsterdam. La France a également mis en place des mesures encadrant la publicité pour certains produits, mais l’interdiction des publicités pour la viande et les énergies fossiles ne fait pas partie de cette législation.
Des débats sur l’impact réel de cette interdiction de publicité
Le réel impact de cette mesure sur les comportements des consommateurs reste à évaluer. Certains chercheurs, tels que l’épidémiologiste Joreintje Mackenbach, estiment que retirer certaines publicités peut modifier les normes sociales. En effet, une étude sur l’interdiction de la publicité pour la malbouffe dans les transports londoniens a montré une baisse des ventes de ces produits, ce qui suggère que l’environnement publicitaire peut influencer les comportements des consommateurs.
Les experts et les militants continuent de suivre de près les résultats de cette politique. Si l’impact immédiat peut sembler modeste en raison de la faible part des dépenses publicitaires consacrées aux produits concernés, les implications à long terme pour la société et les normes sociales pourraient être significatives.